TL;DR:
Les conjoints des agents du service extérieur ont vécu un stress et un épuisement professionnel importants pendant la pandémie de COVID-19, exacerbés par les réinstallations internationales fréquentes et la perte de soutien social. Ce groupe fait souvent face à des défis comme le choc culturel, les barrières linguistiques et les interruptions d’emploi. L’étude visait à mesurer leurs niveaux de résilience et d’épuisement, à comprendre la corrélation entre les deux et à identifier les soutiens organisationnels efficaces offerts par les ministères des Affaires étrangères (MAE). L’objectif visé était d’améliorer le bien-être mental des conjoints du service extérieur, permettant ainsi aux agents de mieux se concentrer sur leur travail et, ultimement, de contribuer au succès des missions diplomatiques.
Référence complète de l’étude :
Gudmundsdottir, S., Larsen, K., Woods Nelson, M., Devine Mildorf, J., & Molek-Winiarska, D. “Burnout and Resilience in Foreign Service Spouses during the Pandemic, and the Role of Organizational Support.” Sustainability 15, no. 3 (2023): 2435. https://doi.org/10.3390/su15032435
Résumé en une page:
Défis principaux:
- Niveaux élevés d’épuisement personnel chez les conjoints des agents du service extérieur pendant la pandémie de COVID-19 (31% modéré, 4,5% élevé/sévère).
- Les déménagements internationaux fréquents, la perte d’emploi, la perte de soutien social et les défis d’adaptation culturelle contribuent au stress.
- Connaissance et utilisation limitées du soutien organisationnel offert par les MAE.
Principales conclusions:
- La résilience est significativement et inversement corrélée à l’épuisement personnel.
- La connaissance du soutien à l’évacuation offert par le MAE est associée à une plus grande résilience.
- Une personne-ressource désignée au MAE et la connaissance des politiques de réduction des risques liés à la COVID-19 sont associées à un épuisement moindre.
- Les ateliers de gestion du stress et de résilience étaient associés à un épuisement plus élevé, ce qui suggère qu’ils seraient plus efficaces comme mesure préventive avant une crise.
Recommandations:
- Les MAE devraient reconnaître le risque d’épuisement chez les conjoints des agents du service extérieur et offrir un soutien adéquat.
- Améliorer la communication du soutien offert directement auprès des conjoints, possiblement par l’entremise d’un bureau des familles ou d’une personne-ressource désignée.
- Offrir des services de soutien psychologique aux conjoints du service extérieur.
- Mener des recherches supplémentaires pour établir les niveaux de référence de résilience et d’épuisement dans cette population après la pandémie.
Résultat souhaité:
- Meilleur bien-être mental des conjoints des agents du service extérieur.
- Concentration et efficacité accrues des agents du service extérieur.
- Atteinte réussie des objectifs diplomatiques.
Approfondissement (Résumé détaillé):
Introduction et contexte:
- Le stress de l’expatriation : L’expatriation, surtout pour les familles du service extérieur, implique des réinstallations internationales fréquentes, entraînant choc culturel, perte de soutien social, barrières linguistiques et exposition potentielle aux conflits politiques, aux risques de sécurité et à des systèmes de santé déficients.
- Défis particuliers des conjoints du service extérieur : Les conjoints font souvent face à des interruptions d’emploi, à l’isolement social et à l’attente de soutenir les fonctions officielles de l’agent du service extérieur, ce qui ajoute à leur stress.
- Impact de la pandémie de COVID-19 : La pandémie a exacerbé le stress des expatriés en raison des risques sanitaires, de l’isolement et de l’inquiétude pour les proches, particulièrement pour ceux vivant dans des pays aux systèmes de santé déficients ou avec des barrières linguistiques.
- Importance du soutien organisationnel : Les recherches antérieures soulignent l’importance du soutien organisationnel pour l’adaptation des expatriés et le rôle déterminant des facteurs liés au conjoint dans la réussite ou l’échec de l’expatriation.
- Lacune dans la recherche : Peu de recherches existent sur la résilience des conjoints du service extérieur, leur expérience du stress et l’efficacité du soutien organisationnel pour leur bien-être mental.
Cadre théorique:
- Épuisement (burnout) : Défini comme une réaction au stress chronique entraînant épuisement, détachement et inefficacité. Il peut découler de facteurs de stress organisationnels, de stratégies d’adaptation inadéquates ou d’un déséquilibre entre les exigences et les ressources. L’épuisement personnel, applicable au-delà du cadre professionnel traditionnel, englobe la fatigue et l’épuisement physiques et psychologiques.
- Résilience : La capacité de s’adapter et de rebondir face à l’adversité. Les modèles de résilience incluent le modèle compensatoire (les facteurs de protection compensent les dangers), le modèle d’immunité (les facteurs de protection réduisent l’impact des facteurs de risque) et le modèle du défi (un stress modéré peut renforcer les individus). La résilience est liée au sentiment de contrôle, aux liens sociaux, aux soins personnels et à une communication claire.
- Relation entre résilience et épuisement : La résilience peut contrer l’épuisement en réduisant l’anxiété, la dépression et d’autres symptômes psychologiques négatifs. Toutefois, la résilience sans soutien peut mener à l’aliénation.
- Rôle du soutien organisationnel : Diverses formes de soutien, comme les réseaux sociaux, le soutien émotionnel, l’information et le soutien matériel, sont corrélées à l’épuisement et à la résilience.
Objectifs de la recherche:
- Mesurer la résilience et l’épuisement personnel chez les conjoints des agents du service extérieur pendant la pandémie de COVID-19.
- Tester l’association entre la résilience et l’épuisement personnel.
- Examiner l’association entre les soutiens organisationnels des MAE et la résilience ou l’épuisement personnel.
Méthodologie:
Instrument d’enquête :
- Inventaire d’épuisement de Copenhague (CBI) — sous-échelle d’épuisement personnel (6 items).
- Échelle de résilience Connor-Davidson (CD-RISC) — version à 10 items.
- Questions sur le soutien organisationnel, les données démographiques, les changements de charge de travail et l’impact personnel de la pandémie.
Population cible :
Les conjoints des agents du service extérieur, principalement des États membres de l’Association des conjoints, partenaires et familles des Affaires étrangères de l’Union européenne (EUFASA).
Analyse des données :
Données d’un sondage en ligne anonyme recueillies en décembre 2020 et janvier 2021, analysées avec Excel et R. Des analyses de régression multiple ont été menées, en contrôlant les facteurs démographiques.
- Résultats :
- Données démographiques : 421 répondants, principalement d’Europe (89,8%), 75% de femmes, âge médian de la mi-quarantaine à la fin de la quarantaine, grande mobilité (moyenne de 5,4 déménagements internationaux), 27,8% de conjoints de chefs de mission.
- Épuisement personnel : 31% d’épuisement modéré, 3,3% d’épuisement élevé, 1,2% d’épuisement sévère.
- L’épuisement diminuait avec l’âge et augmentait avec le nombre d’enfants d’âge scolaire à la maison.
- Les conjointes présentaient des scores d’épuisement plus élevés que les conjoints.
- Chaque déménagement international augmentait l’épuisement.
- Le retour à l’administration centrale pendant la pandémie était associé à un épuisement moindre.
- Résilience :
- Aucune corrélation entre l’expérience (nombre de déménagements ou ancienneté de l’agent du service extérieur) et la résilience.
- Corrélation entre résilience et épuisement : une corrélation inverse hautement significative a été observée, indiquant qu’une plus grande résilience est associée à un épuisement moindre.
- Soutien organisationnel :
- 73,9% ont déclaré avoir reçu une forme de soutien organisationnel.
- 40,6% disposaient d’une politique claire de réduction des risques liés à la COVID-19.
- 27,3% savaient qu’ils pouvaient être évacués au besoin.
- 21,4% avaient une personne-ressource ou un bureau des familles à l’administration centrale.
- 19% avaient accès à de l’information utile.
- 17,1% avaient accès à du soutien psychologique.
- 26,1% n’ont déclaré aucun soutien.
- La connaissance du soutien à l’évacuation était associée à une résilience plus élevée
- Avoir une personne-ressource au MAE et une politique claire de réduction des risques était associé à un épuisement moindre.
- La connaissance d’ateliers de gestion du stress et de résilience était associée à un épuisement plus élevé
- Niveaux élevés d’épuisement : Le score moyen élevé d’épuisement personnel témoigne d’une détresse importante, comparable ou supérieure à celle de professions très stressantes. La pandémie a vraisemblablement exacerbé l’épuisement.
- Modèle du défi : L’absence de corrélation entre l’expérience et la résilience suggère que le modèle du défi pourrait ne pas s’appliquer, ou que les mécanismes compensatoires et de protection ont été insuffisants.
- Importance de la résilience : La forte corrélation inverse entre la résilience et l’épuisement appuie le rôle protecteur de la résilience, en cohérence avec les résultats observés dans d’autres populations pendant la pandémie.
- Efficacité du soutien organisationnel : La connaissance du soutien à l’évacuation renforçait la résilience. Une personne-ressource désignée et la connaissance des politiques de réduction des risques liés à la COVID-19 réduisaient l’épuisement. La corrélation positive entre les ateliers de gestion du stress et l’épuisement suggère que ceux-ci sont plus utiles en prévention.
- La communication doit être améliorée : La faible connaissance des mesures de soutien, notamment l’évacuation, indique un besoin de meilleure communication auprès des conjoints. Une personne-ressource désignée ou un bureau des familles pourrait jouer un rôle clé dans la diffusion de l’information.
Limites et recherches futures:
- Représentativité de l’échantillon : L’échantillon pourrait ne pas être pleinement représentatif de l’ensemble des conjoints du service extérieur, compte tenu des variations entre les services extérieurs et en leur sein.
- Biais de sélection : Le sondage a été mené durant une période stressante, ce qui a pu influencer la participation.
- Devis transversal : Aucun lien de causalité ne peut être présumé.
- Soutiens autodéclarés : L’exactitude des soutiens perçus n’a pas été évaluée.
- Absence de données de référence : Difficulté à contextualiser les résultats en l’absence de données prépandémiques.
- Les recherches futures devraient porter sur l’évaluation de la qualité de la communication, la comparaison entre le soutien perçu et le soutien réel, et l’établissement de niveaux de référence de résilience et d’épuisement après la pandémie.
Conclusion:
Les conjoints des agents du service extérieur ont vécu un épuisement personnel important pendant la pandémie de COVID-19. La résilience est un facteur crucial d’atténuation de l’épuisement, et certains soutiens organisationnels, particulièrement une communication claire et des personnes-ressources désignées, peuvent renforcer la résilience et réduire l’épuisement. Les MAE devraient prioriser le bien-être mental des conjoints du service extérieur en offrant un soutien et une information adéquats, surtout en période de crise. Une meilleure communication, possiblement par l’entremise d’un bureau des familles ou d’une structure semblable, est essentielle. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre les besoins de cette population et établir des niveaux de référence de résilience et d’épuisement hors situation de crise. Relever ces défis améliorera non seulement le bien-être des conjoints, mais aussi l’efficacité des agents du service extérieur, et contribuera au succès des missions diplomatiques. L’objectif ultime est un environnement favorable où les familles du service extérieur peuvent s’épanouir malgré les défis inhérents à leur mode de vie unique.
Référence complète de l’étude :
Gudmundsdottir, S., Larsen, K., Woods Nelson, M., Devine Mildorf, J., & Molek-Winiarska, D. “Burnout and Resilience in Foreign Service Spouses during the Pandemic, and the Role of Organizational Support.” Sustainability 15, no. 3 (2023): 2435. https://doi.org/10.3390/su15032435
