Devenez membre gratuitement et rejoignez plus de 400 membres dans 82+ pays.
Forum réservé aux membres
Choose a topic:

Expatriation, alcool et drogues : antécédents et conséquences de la consommation de substances en expatriation

TL;DR:

Loading the Elevenlabs Text to Speech AudioNative Player…

Les expatriés font souvent face à des niveaux élevés de stress en raison de l’isolement, des différences culturelles et de l’incertitude dans leur nouvel environnement. Ce stress peut mener à une consommation accrue de substances (CS), englobant à la fois l’alcool et les drogues, comme mécanisme d’adaptation. L’étude vise à comprendre le lien entre le stress et la CS chez les expatriés, à identifier les facteurs qui rendent certaines personnes plus vulnérables et à examiner l’impact de la CS sur l’adaptation au travail.

Le contexte historique montre que les expatriés tendent à consommer plus d’alcool et de drogues que leurs homologues restés au pays. Par exemple, une étude clinique d’Anderzén et Arnetz (1997) a révélé que la consommation d’alcool et de cigarettes augmentait de façon significative chez les expatriés durant leur première année à l’étranger.

Globe-Trotter Académie
Globe-Trotter Académie
Expatriation, alcool et drogues : antécédents et conséquences de la consommation de substances en expatriation
Loading
/

Référence complète de l’étude :

Wurtz, O. (2018). Expatriation, alcohol and drugs: antecedents and consequences of substance use in expatriation. Journal of Global Mobility: The Home of Expatriate Management Research, 6(3/4), 316-334.
https://doi.org/10.1108/JGM-08-2017-0035


Résumé en une page:

Défi principal:

Les expatriés vivent des niveaux de stress plus élevés que les employés restés au pays, ce qui mène à une consommation accrue de substances (CS) comme mécanisme d’adaptation.

Principales conclusions:

  • Le stress a une relation curvilinéaire avec la CS: un stress faible diminue la CS, tandis qu’un stress moyen à élevé l’augmente.
  • Les hommes expatriés sont plus susceptibles que les femmes de recourir à la CS en réponse au stress.
  • Étonnamment, les expatriés ayant plus d’expérience internationale sont plus enclins à la CS induite par le stress.
  • Le soutien social organisationnel n’atténue pas de façon significative la relation stress-CS.
  • La CS nuit à l’adaptation professionnelle, telle que perçue par les superviseurs.

Groupes vulnérables:

  • Les hommes expatriés et ceux possédant une vaste expérience internationale sont les plus à risque.
  • Conséquences: la CS nuit à la performance et à l’adaptation au travail, pouvant mener à un cercle vicieux de stress, de CS et de mauvaise adaptation.

Recommandations:

  • Les gestionnaires des ressources humaines (RH) devraient être conscients des risques et mettre en place des mesures préventives.
  • Des programmes de réduction du stress, de la formation interculturelle et des réseaux de soutien devraient être offerts.
  • Un soutien ciblé pour les groupes à risque élevé (hommes et expatriés expérimentés) est crucial.
  • Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre les nuances de la CS chez les expatriés.

Approfondissement (Résumé détaillé):

Introduction:

  • L’expatriation est intrinsèquement stressante en raison de facteurs comme l’isolement, les différences culturelles, les barrières linguistiques et l’incertitude quant au nouvel environnement et à l’avenir.
  • Les niveaux de stress sont souvent plus élevés chez les expatriés que chez les travailleurs restés au pays (Anderzén et Arnetz, 1997).
  • La consommation de substances (CS), incluant l’alcool et les drogues (sur ordonnance et illicites), est perçue comme un moyen de réduire la tension et de composer avec le stress (Conger, 1956; Belogolovsky et al., 2012).
  • Des études antérieures indiquent que les expatriés consomment plus de substances que les employés restés au pays (Anderzén et Arnetz, 1997; Truman et al., 2011).
  • La CS peut nuire à la performance professionnelle, à la vie personnelle et à la santé des expatriés. Elle peut aussi ternir la réputation de l’organisation et entraîner des coûts accrus.
Cette étude vise à :
  1. Déterminer l’impact du stress sur la CS durant l’expatriation.
  2. Examiner comment des facteurs contextuels et personnels influencent la relation stress-CS.
  3. Révéler les conséquences de la CS chez les employés expatriés.
L’influence du stress sur la CS en expatriation:
  • La théorie de la réduction de la tension suggère que les individus consomment des substances pour réduire la tension et la pression causées par le stress (Conger, 1956).
  • Le stress devrait favoriser la CS durant l’expatriation, les expatriés pouvant se tourner vers les substances pour composer avec les défis professionnels, l’isolement et l’absence de réseaux de soutien familiers.
  • La relation entre le stress et la CS est vraisemblablement curvilinéaire: un stress faible ne déclencherait pas la CS, tandis qu’un stress moyen à élevé devrait l’augmenter (Anderson, 1976; Takeuchi et al., 2005, 2007).
Facteurs de protection et de vulnérabilité:

La relation stress-CS n’est pas uniforme et est influencée par divers facteurs individuels et contextuels (Cooper et al., 1988, 1992; Liu et al., 2009).

Cette étude porte sur trois modérateurs: le soutien social organisationnel, l’expérience et le genre.

Soutien social organisationnel:

Le soutien social peut protéger contre la consommation de substances (Cohen et Wills, 1985).

  • Le soutien organisationnel peut être particulièrement important pour les expatriés en raison de leurs réseaux sociaux limités.
  • Hypothèse 2 (H2): La relation entre le stress et la CS dépendra du soutien social organisationnel reçu par l’expatrié. Le stress déclenchera une CS plus importante chez les expatriés recevant moins de soutien.
Expérience:
  • Une expérience internationale antérieure peut doter les expatriés de meilleurs mécanismes d’adaptation, réduisant leur vulnérabilité à la CS (Yavas et Bodur, 1999; Caligiuri, 2000).
  • Hypothèse 3 (H3): La relation entre le stress et la CS dépendra de l’expérience individuelle de l’expatrié. Le stress déclenchera une CS plus importante chez les expatriés moins expérimentés.
Genre:
  • Les hommes sont plus susceptibles que les femmes de consommer des substances pour composer avec le stress (Dawson et al., 2005; Cooper et al., 1992).
  • Hypothèse 4 (H4): La relation entre le stress et la CS dépendra du genre de l’expatrié. Le stress déclenchera une CS plus importante chez les hommes.
Conséquences de la CS en expatriation:
  • La théorie du fonctionnement altéré postule que l’abus de substances nuit à la vie professionnelle (Newcomb et Bentler, 1988; Kaplan et Demphouse, 1995).
  • La CS peut altérer la motivation, l’énergie, l’attention et la santé (Galaif et al., 2001).
  • En expatriation, les effets négatifs de la CS peuvent être amplifiés en raison des exigences accrues d’adaptation.
  • Hypothèse 5 (H5): La CS est négativement corrélée à l’adaptation professionnelle.

Méthode:

  • Deux études ont été menées à partir de collectes de données distinctes.
  • L’étude 1 portait sur les antécédents de la CS, tandis que l’étude 2 examinait ses conséquences.
Étude 1:
  • Données recueillies auprès de 205 expatriés travaillant dans 34 pays.
  • Les participants ont été recrutés par l’entremise de réseaux personnels et professionnels.
  • Les mesures comprenaient la CS (Brissette et al., 2002), le stress (DASS-21; Antony et al., 1998), le soutien social organisationnel (Caplan et al., 1975), l’expérience (nombre de pays de travail) et des données démographiques.
Étude 2:
  • Données recueillies auprès de 96 dyades expatrié-superviseur dans deux multinationales.
  • Les mesures comprenaient l’adaptation professionnelle (Black et Stephens, 1989), la CS et la durée du séjour.

Résultats:

Étude 1:
  • 14% des expatriés ont déclaré consommer des substances pour composer avec les difficultés.
  • 55% se disaient parfois stressés et 8% considérablement stressés.
  • H1 (relation curvilinéaire entre le stress et la CS) a été confirmée. Un stress faible diminuait la CS, tandis qu’un stress moyen à élevé l’augmentait.
  • H2 (effet modérateur du soutien social organisationnel) n’a pas été confirmée.
  • H3 (effet modérateur de l’expérience) n’a pas été confirmée. Étonnamment, les expatriés plus expérimentés présentaient une relation positive plus forte entre le stress et la CS.
  • H4 (effet modérateur du genre) a été confirmée. Le stress augmentait significativement la CS chez les hommes, mais pas chez les femmes.
Étude 2:
  • H5 (corrélation négative entre la CS et l’adaptation professionnelle) a été confirmée. La CS était négativement associée à l’adaptation professionnelle évaluée par les superviseurs.

Discussion:

  • L’étude appuie l’application de la théorie de la réduction de la tension à l’expatriation, particulièrement chez les hommes.
  • La relation curvilinéaire entre le stress et la CS souligne l’importance de niveaux de stress modérés pour un fonctionnement optimal.
  • Les différences de genre dans la relation stress-CS concordent avec les recherches antérieures (p. ex., Cooper et al., 1992; Belogolovsky et al., 2012) et suggèrent des mécanismes d’adaptation différents chez les hommes et les femmes.
  • L’effet modérateur positif inattendu de l’expérience suggère que les expatriés expérimentés pourraient être plus vulnérables à la CS en raison de facteurs comme l’expérience immédiate du choc culturel (Takeuchi et Chen, 2013) ou les retombées négatives de l’expérience internationale (Lu et al., 2017).
  • L’absence d’effet modérateur du soutien social organisationnel pourrait s’expliquer par l’hypothèse de spécificité (Cohen et Wills, 1985; Peirce et al., 1996), selon laquelle le soutien doit être pertinent par rapport à la source du stress. Le stress des expatriés peut provenir de sources tant professionnelles que personnelles.
  • L’impact négatif de la CS sur l’adaptation professionnelle confirme la théorie du fonctionnement altéré et souligne l’importance d’aborder la CS au sein des populations expatriées.

Implications pratiques:

  • Les gestionnaires RH devraient être conscients du risque accru de CS chez les expatriés et prioriser les mesures préventives.
  • Les gestionnaires RH locaux devraient mettre en place des politiques et des initiatives de soutien pour limiter la CS, comme des groupes de soutien anonymes et du dépistage dans les environnements de travail dangereux.
  • Les candidats à l’expatriation devraient être informés des risques de CS.
  • Des programmes de réduction du stress (p. ex., méditation, yoga), de la formation interculturelle et du coaching devraient être mis en place.
  • Un soutien ciblé pour les groupes à risque élevé (hommes et expatriés expérimentés) est essentiel.
  • Une attention particulière devrait être portée aux expatriés affectés dans des lieux très stressants.

Limites et recherches futures:

  • La CS était autodéclarée, ce qui peut mener à une sous-déclaration.
  • Un biais de méthode commune peut avoir affecté les analyses de l’étude 1.
  • Le devis transversal de l’étude 1 limite les interprétations causales.
  • Les échantillons étaient de taille limitée et de convenance, ce qui soulève des questions de généralisabilité.
  • Les recherches futures devraient:
    • Faire appel à des professionnels de la santé et à d’autres sources de données (p. ex., les conjoints) pour améliorer la mesure de la CS.
    • Examiner d’autres déterminants de la CS, comme les habitudes antérieures et les attentes.
    • Étudier le rôle de facteurs de stress spécifiques.
    • Explorer l’impact des normes sociales et de la culture d’affaires locale sur la CS.
    • Distinguer les différents types et profils de CS.
    • Mener des recherches qualitatives pour mieux comprendre la CS chez les expatriés.
Conclusion:

L’expatriation comporte de nombreux défis pouvant mener à un stress accru et à une consommation de substances chez les expatriés. Cette étude éclaire la relation complexe entre le stress et la CS, identifie les populations vulnérables et met en évidence les conséquences néfastes de la CS sur l’adaptation au travail. Des recherches supplémentaires sont essentielles pour orienter des interventions et des systèmes de soutien efficaces qui favorisent le bien-être et la réussite des expatriés. Les gestionnaires RH jouent un rôle vital dans la mise en œuvre de mesures préventives et l’offre d’un soutien ciblé aux personnes à risque. En s’attaquant aux défis de l’expatriation et en favorisant de saines stratégies d’adaptation, les organisations peuvent offrir une expérience plus positive et productive à leur main-d’œuvre mondiale.


Référence complète de l’étude :
Wurtz, O. (2018). Expatriation, alcohol and drugs: antecedents and consequences of substance use in expatriation. Journal of Global Mobility: The Home of Expatriate Management Research, 6(3/4), 316-334.
https://doi.org/10.1108/JGM-08-2017-0035