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Ce que j’aurais aimé savoir : conseils de conjoint·e·s

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Lorsqu’on se prépare à une première affectation, on lit les documents d’information, on dresse des listes avant de partir et on se renseigne sur les écoles. Mais les défis qui définissent votre première année à l’étranger ne figurent presque jamais dans un guide.

Lors d’un panel de l’APASE (PAFSO Tradecraft Week) consacré aux premières affectations, quatre membres fondateurs du Réseau des familles de diplomates canadiens se sont réunis pour partager précisément ces leçons apprises. Ensemble, ils ont accompagné leurs conjoints dans des affectations à Pékin, Tunis, Varsovie, Singapour, au Ghana, à Manille, en Allemagne, en Croatie, au Maroc, en Grèce, au Pakistan, au Cambodge, en Türkiye, au Kazakhstan et au Myanmar, et plusieurs y ont élevé des enfants. Voici ce qu’ils et elles auraient aimé savoir.

Mettez de l’ordre dans les aspects pratiques de votre vie avant de partir

Le conseil le moins “glamour” est venu en premier, et il faisait l’unanimité : réglez la logistique ennuyante mais cruciale avant de partir, car c’est bien plus difficile à organiser une fois à l’étranger.

  • Argent, impôts et votre propre avenir. Pour certains, le plus grand regret a été de ne pas avoir compris plus tôt le portrait financier : l’incidence à long terme du retrait du marché du travail sur la retraite et la pension, et des outils comme les comptes d’épargne libre d’impôt. « Je serais allée à la banque pour en discuter. » Pour un partenaire qui renonce à un revenu, cette perte d’indépendance financière est bien réelle et mérite d’être planifiée délibérément plutôt que découverte dix ans plus tard.
  • Médicaments et valise diplomatique. Sachez ce qui peut ou non être expédié, et ce qui est réellement disponible à votre poste, ne tenez rien pour acquis. Certains ont rappelé à quel point il pouvait être difficile d’obtenir une ordonnance en affectation, au point de faire renouveler une réserve de six mois auprès de leur médecin au pays avant chaque départ.
  • Santé préventive. Faites voir tout le monde par le médecin avant de partir. Dans la précipitation d’un déménagement, les examens, le dépistage et les soins dentaires peuvent être mis de côté, et une fois au poste, vous apprenez un nouveau système de santé à partir de zéro. Un changement de pays en cours de route peut entraîner des vaccins manqués : vérifiez plutôt que de présumer que le système rattrapera tout.
  • Citoyenneté et enfants nés à l’étranger. Un point discret mais important : la « limite de première génération » pour la transmission de la citoyenneté canadienne, et les documents à conserver si votre enfant naît à l’étranger. Facile à oublier, mais lourd de conséquences plus tard.

Comprenez le déménagement lui-même : ne laissez pas tout à l’employé·e

Des participant·s ont admis avoir confié toute la mécanique de leur premier déménagement à leur conjoint·e qui travaille, puis avoir passé des années à rattraper le retard. Leur conseil : lisez les DSE (Directives sur le service extérieur), et relisez le rapport de mission, le guide d’accueil et le guide d’arrivée juste avant de partir, pas seulement des mois plus tôt, au moment de soumettre vos préférences.

« Savoir à quoi m’attendre aurait réduit mon stress et facilité bien des choses. » L’employé·e démarre à plein régime dès son arrivée; c’est souvent le ou la partenaire qui a réellement besoin de comprendre comment fonctionne le déménagement.

Ne vous précipitez pas pour « trouver votre raison d’être » arrivez d’abord

Certain·e·s partenaires ont dépensé beaucoup d’énergie à tenter d’aligner leur prochain chapitre avant de partir, pour ensuite réaliser : « J’avais besoin d’arriver, de m’installer et de comprendre notre nouvelle vie pour trouver la mienne. » Chacun·e a un parcours différent, mais avec des enfants, il peut être sage de cesser de faire de la recherche d’emploi la première priorité et d’embrasser un rôle plus essentiel : être le ou la phare de la famille, le temps de s’installer.

« J’étais peut-être la personne à charge sur papier, mais très vite mon conjoint·e qui travaille et nos trois enfants ont dépendu de moi pour naviguer la nouvelle école, la nouvelle vie. »

Trouver un sac d’aspirateur peut devenir une quête d’une journée entière à travers la ville; devenez la personne qui trouve la solution et la partage avec les autres familles fraîchement arrivées.

D’autres participantes ont défendu la même idée : redéfinir ce que « contribuer » veut dire. Après avoir mis sa propre carrière de côté, l’une des participantes est devenue « une bénévole professionnelle » : présidente d’un club international de femmes à Zagreb, cofondatrice d’un autre à Rabat, membre des conseils d’école de ses enfants, à amasser des fonds pour les femmes et les enfants sur place. Notre culture surévalue la rémunération financière, soutient-elle; la valeur de ce travail est réelle et mérite qu’on refuse de la rabaisser en revoyant ses repères.

Une carrière à l’étranger n’est pas une ligne droite

Personne sur le panel n’a prétendu que le côté professionnel est facile, mais tou·te·s ont refusé le découragement. Le fil conducteur : « Tout mène à quelque chose; rien n’est une perte de temps. » Le parcours de l’une des participantes est passé d’un rôle de coordonnatrice communautaire à un poste de gestionnaire de pays pour une ONG au Ghana (rémunéré moins de 1 000 $ par mois et qui demeure l’un de ses emplois préférés) à une référence canadienne qui l’a plus tard aidée à décrocher un poste au gouvernement à son retour.

  • Obtenez votre cote de sécurité tôt. Une recommandation forte : les conjoint·e·s peuvent obtenir une cote de sécurité gouvernementale, et le faire avant l’affectation est bien plus simple qu’après. Une fois obtenue, des contrats à l’ambassade s’ouvrent, parfois banals, parfois réellement intéressants (comme les « coordonnateur·trice de la préparation et des urgences») — et sont presque toujours une façon de rencontrer des gens et d’élargir votre réseau de diplomates qui seront affecté·e·s ailleurs demain.
  • Attendez-vous à ce que les premières offres soient en dessous de votre échelle salariale. Encore et encore, les panélistes ont reconnu que les occasions hors de leur zone de confort, un contrat bien en dessous de leur ancien salaire, une formation linguistique avec des inconnu·e·s, menaient souvent à d’autres opportunités, dont, dans un cas, un poste à durée déterminée à un salaire canadien.

Apprivoisez les montagnes russes émotionnelles

Tous sont honnêtes : les premières semaines sont un sommet de découvertes suivi d’une chute discrète une fois que les enfants commencent l’école et que la maison devient silencieuse. Un participant a décrit son défi identitaire après avoir passé treize ans à travailler de 9 à 5. Dans cette nouvelle vie, il a ressenti un sentiment d’être « incompétent et impuissant » tout en devant maîtriser une langue qu’il ne parlait pas. LA montagne russe: un ressentiment s’est installé, il s’est senti « traîné·e de force », avant de finalement se rappeler que la famille avait choisi cette vie ensemble.

Un autre participant a recadré le choc culturel comme un cycle, et non un événement unique : « Il ne frappe pas à votre porte le premier jour pour ensuite disparaître. On angoisse pendant quelques jours, puis ça passe, et ça revient. » Le nommer, le reconnaître et l’accepter pour ce qu’il est lui enlève presque tout son pouvoir.

Pour d’autres la partie la plus difficile : la solitude et le deuil de la vie passée. L’une des intervenantes a perdu un proche pendant un séjour à l’étranger et a dû prendre l’avion pour rentrer. Son conseil : renseignez-vous sur le soutien en santé mentale avant de partir, soyez au courant de ce qu’offre le ministère de votre partenaire, notez les numéros, et repérez tôt des ressources sur place, car il est difficile de trouver cette information une fois en crise à l’étranger. « Vous avez le droit d’avoir une journée où vous vous dites : cette vie est nulle », a-t-elle dit. « Ne descendez simplement pas dans le terrier. »

Bâtissez votre réseau et évitez les oiseaux de malheur

Il y a trois types de personnes dans cette vie : les nouveaux arrivants, ceux qui restent et ceux qui partent et vous serez chacun des trois. Tous s’entendent : le réseau que vous bâtissez dépend surtout de vous, pas de l’ambassade :

  • Appuyez-vous sur les clubs d’expatrié·e·s, les clubs internationaux de femmes ou d’hommes, l’Alliance française, les infolettres des missions américaines et le plus facile si vous avez des enfants : les communautés scolaires.
  • Créez ce qui n’existe pas : certaines ont simplement trouvé un enseignant anglophone et ouvert leur appartement quand leur enfant a voulu des cours de hip-hop.
  • Jouez au touriste dans votre propre ville (« prenez le bus rouge avec les écouteurs qui ne fonctionnent jamais »), puis partagez vos découvertes.
  • Tenez-vous loin des éternels négatifs. « Certaines personnes se complaisent dans la négativité et ont hâte de la partager avec les nouveaux arrivants. » Éviter la négativité, ce n’est pas faire de la positivité toxique. C’est une question d’équilibre. Vous avez le droit d’avoir le moral bas; n’y restez pas emprisonné.

Deux vies, une personnalité

En tant que conjoint d’une cheffe de mission, il existe une tension que les partenaires en première affectation n’anticipent pas toujours : concilier le protocole et da propre personnalité. Apprenez l’étiquette : où s’asseoir dans le cortège, quelle fourchette utiliser, l’ordre d’une haie d’honneur. Mais ne vous y perdez pas. Même les conjoints de chefs de mission organisent des brunchs et y servent des crêpes. Il conjoint raconte avoir vu les enfants de dirigeants mondiaux manger du Nutella et jouer à des jeux vidéo dans leur salle à manger. « Vous avez réussi comme diplomate canadien quand un dirigeant mondial se roule par terre avec vos chiens. »

Rester en contact et préparer son retour

Garder le contact avec la famille et les ami·e·s demande un vrai effort à travers les fuseaux horaires et des vies différentes. Une solution simple : cessez de chercher le moment « parfait » pour un appel et appelez spontanément. Des échanges plus courts, mais plus fréquents seront possible. Les participant·e·s ont reconnu sans détour que certaines amitiés s’estompent tandis que, étonnamment, d’autres s’approfondissent.

Préparez-vous à ce dont personne ne vous parle : le retour à Ottawa peut être la transition la plus difficile. La vie de tout le monde a continué sans vous. Le remède peut être le même qu’en poste : faire du bénévolat, trouver des groupes, rebâtir votre réseau social.

Préparez-vous à tout, ne vous faites pas d’attentes

L’un des meilleurs conseils qui résume bien le panel : préparez-vous à tout et ne vous faites pas d’attentes. Lisez tous les rapports, même en sachant qu’ils sont parfois périmés. Mettez en place ce que vous pouvez, en sachant que la recherche d’emploi peut être difficile. Cela pourrait ne pas se concrétiser avant un an, voire jamais. Gardez l’esprit ouvert : une conjointe a mis sur pied une ONG pendant l’affectation de son conjoint; une autre a appris à surfer.

C’est une vie riche, privilégiée, qui transforme une existence. Comme l’ont clairement dit les quatre panélistes, la raison d’être même du Réseau des familles de diplomates canadiens, c’est que vous n’ayez pas à apprendre ces leçons seul·e.


Voici 5 points clés à retenir du webinaire :

1. Préparez-vous à l’imprévu :

2. Bâtissez votre vie à l’étranger :

3. Affrontez les défis de front :

4. Paroles de sagesse :

  • « Préparez-vous à tout et n’attendez rien. »

5. Ressources pour réussir :


Adapté d’un panel de la Semaine du métier de l’APASE réunissant des membres fondateurs du RFDC. Envie de partager votre propre « ce que j’aurais aimé savoir »?