TL;PL:
Cette étude porte sur les couples d’expatriés confrontés aux défis de l’adaptation à la vie dans un pays étranger. Étant donné qu’environ 80 % des expatriés sont accompagnés de leur conjoint ou partenaire (Brookfield GRS, 2011) et que l’adaptation du conjoint est un prédicteur essentiel de l’adaptation de l’expatrié, comprendre les dynamiques au sein de ces couples est primordial.
Référence complète de l’étude :
Van Erp, Kim J. P. M., Karen I. van der Zee, Ellen Giebels, et Marijtje A. J. van Duijn. (2014). « Lean on Me: The Importance of One’s Own and Partner’s Intercultural Personality for Expatriate’s and Expatriate Spouse’s Successful Adjustment Abroad. » European Journal of Work and Organizational Psychology 23, no. 5 : 706–728.
https://doi.org/10.1080/1359432X.2013.816088
Résumé en une page :
Objectif principal :
Étudier comment les traits de personnalité interculturelle (stabilité émotionnelle, initiative sociale, ouverture d’esprit) des expatriés et de leurs conjoints influencent leur adaptation à la vie à l’étranger.
Argument principal :
Ces traits de personnalité constituent des ressources d’adaptation. Des niveaux élevés se traduisent par une meilleure adaptation, tandis que des niveaux faibles peuvent la freiner. Un aspect unique est l’effet de compensation des ressources, lorsqu’un niveau élevé d’un trait chez un partenaire peut compenser le faible niveau de ce trait chez l’autre, améliorant l’adaptation globale du couple.
Types d’adaptation :
- Psychologique : santé mentale et satisfaction personnelle.
- Socioculturel : capacité à gérer la vie quotidienne dans le nouvel environnement.
- Professionnel : performance au travail et engagement organisationnel (pour les expatriés).
Principaux constats :
- La stabilité émotionnelle est cruciale pour l’adaptation psychologique et la performance professionnelle de l’expatrié.
- L’initiative sociale est associée à une meilleure performance au travail et à un engagement organisationnel accru pour les expatriés.
- L’ouverture d’esprit favorise l’adaptation socioculturelle et la performance au travail.
- L’effet de compensation des ressources a été confirmé. Les partenaires peuvent pallier les faiblesses de l’autre en matière de personnalité, bien que le fait d’avoir les deux partenaires très ouverts d’esprit puisse avoir un inconvénient.
Méthodologie :
Analyse transversale de 196 expatriés et conjoints (98 couples) et analyse longitudinale d’un sous-échantillon (45 couples). Utilisation du modèle d’interdépendance acteur-partenaire (APIM) pour analyser les données dyadiques.
Importance :
Souligne l’importance de prendre en compte les deux partenaires dans la réussite de l’expatriation. Les résultats peuvent éclairer la sélection, la formation et le soutien des couples expatriés.
Approfondissement (résumé long) :
Introduction :
- La mondialisation accroît la nécessité de missions professionnelles internationales.
- L’adaptation de l’expatrié est cruciale pour le bien-être individuel et le succès de l’entreprise, compte tenu du coût élevé des échecs.
- La personnalité est une ressource significative pour faire face aux défis de l’expatriation.
- L’étude se concentre à la fois sur les expatriés et leurs conjoints, un domaine encore peu étudié.
- L’objectif est d’explorer les processus interpersonnels au sein des couples d’expatriés et leur impact sur l’adaptation.
Cadre théorique :
- Théorie de la conservation des ressources (COR) : les individus cherchent à acquérir et à préserver des ressources. Les traits interculturels peuvent être des ressources pour faire face au stress et acquérir de nouvelles ressources dans un environnement étranger.
- Perspective bidimensionnelle sur les traits interculturels : les traits sont classés comme « tampons contre le stress » (protègent contre les menaces) ou « socio-perceptuels » (permettent de profiter des opportunités).
- Traits « tampons contre le stress » (ex. : stabilité émotionnelle) : liés au « Behavioural Inhibition System » (BIS), qui inhibe les comportements risqués.
- Traits « socio-perceptuels » (ex. : initiative sociale, ouverture d’esprit) : liés au « Behavioural Activation System » (BAS), qui encourage un comportement orienté vers les objectifs et favorise les émotions positives dans des situations difficiles.
- Effet de compensation des ressources : un niveau élevé d’un trait interculturel chez un partenaire peut compenser le faible niveau de ce trait chez l’autre, agissant comme une ressource externe.
Hypothèses :
- H1 : La stabilité émotionnelle est positivement associée à l’adaptation psychologique (a) des expatriés et (b) des conjoints d’expatriés.
- H2 : L’initiative sociale est positivement associée à l’adaptation psychologique et socioculturelle (a) des expatriés et (b) des conjoints d’expatriés.
- H3 : L’ouverture d’esprit est positivement associée à l’adaptation psychologique et socioculturelle (a) des expatriés et (b) des conjoints d’expatriés.
- H4 : Le niveau de stabilité émotionnelle de l’expatrié est positivement associé à sa performance au travail.
- H5 : Le niveau d’initiative sociale de l’expatrié est positivement associé à sa performance au travail et à son engagement organisationnel.
- H6 : Le niveau d’ouverture d’esprit de l’expatrié est positivement associé à sa performance au travail.
- H7 : Les relations entre ses propres traits interculturels et l’adaptation sont modérées par les traits de personnalité de son partenaire (effet de compensation des ressources).
Méthodologie :
- Participants : 98 couples d’expatriés (196 personnes) pour l’analyse transversale, 45 couples pour le suivi longitudinal.
- Collecte de données : questionnaires en ligne diffusés via une organisation d’expatriation et une entreprise multinationale.
- Mesures :
- Traits interculturels : échelles du « Multicultural Personality Questionnaire » (MPQ) pour la stabilité émotionnelle, l’initiative sociale et l’ouverture d’esprit.
- Adaptation psychologique : échelle RAND-36 pour la santé psychologique.
- Adaptation socioculturelle : items adaptés de Black (1988) et Ali (2003) sur l’adaptation à divers aspects de la vie dans le pays d’accueil.
- Performance au travail : échelle de Denison, Hooijberg et Quinn (1995).
- Engagement organisationnel : questionnaire d’engagement organisationnel (OCQ) de Mowday et al. (1979).
- Variables de contrôle : sexe, âge, première mission, durée dans le pays d’accueil, enfants à charge, distance culturelle.
- Analyse statistique : Modèle d’interdépendance acteur-partenaire (APIM) avec des dyades distinguables, utilisant le logiciel MLwiN 2.00.
Résultats :
- Effets principaux :
- Stabilité émotionnelle : associée positivement à l’adaptation psychologique (H1a, H1b validées en analyse transversale, H1b validée en analyse longitudinale pour les conjoints).
- Initiative sociale : pas de lien significatif avec l’adaptation hors travail (H2a, H2b rejetées). Lien positif avec la performance au travail (H5 validée en transversale, pas en longitudinale) et l’engagement organisationnel (H5 validée en transversale et longitudinale).
- Ouverture d’esprit : lien positif avec l’adaptation socioculturelle chez les expatriés (H3a validée en transversale) et chez les conjoints (H3b validée en longitudinale). Lien positif avec la performance au travail en longitudinale (H6 validée en longitudinale).
- Effets de modération (compensation des ressources) :
- Stabilité émotionnelle : la faible stabilité émotionnelle de l’expatrié est compensée par la haute stabilité émotionnelle du conjoint pour une meilleure performance au travail (H7 validée de façon marginale).
- Initiative sociale : la faible initiative sociale de l’expatrié est compensée par la forte initiative sociale du conjoint pour un meilleur engagement organisationnel. La faible initiative sociale du conjoint est compensée par la forte initiative sociale de l’expatrié pour une meilleure adaptation socioculturelle (H7 validée).
- Ouverture d’esprit : la faible ouverture d’esprit du conjoint est compensée par la forte ouverture d’esprit de l’expatrié pour une meilleure adaptation psychologique. Cependant, lorsque les deux partenaires affichent un niveau élevé d’ouverture d’esprit, on observe une baisse de l’adaptation psychologique chez les conjoints (H7 validée, avec un effet « surcharge » inattendu).
Discussion :
- Importance des traits interculturels : la stabilité émotionnelle est déterminante pour le bien-être psychologique. L’initiative sociale est cruciale pour la réussite professionnelle. L’ouverture d’esprit favorise l’adaptation à la culture du pays d’accueil et, à terme, améliore la performance au travail.
- Compensation des ressources : les partenaires peuvent compter sur les forces de l’autre pour pallier leurs propres faiblesses en matière de traits interculturels. Cette constatation met en lumière la nécessité de considérer l’expatriation au niveau du couple.
- Effet de surcharge : un trop-plein d’ouverture d’esprit chez les deux partenaires peut nuire à l’adaptation psychologique, peut-être en raison d’un manque de stabilité.
- Limites : biais d’autosélection, taille d’échantillon réduite, mesures auto-déclarées, mesure de la distance culturelle pas toujours détaillée.
- Recherches futures : explorer la compensation des ressources dans d’autres contextes, étudier les mécanismes d’adaptation, poursuivre l’analyse dyadique, approfondir l’engagement organisationnel, développer des mesures plus nuancées de la distance culturelle, inclure des groupes de comparaison et recourir à des données plus variées.
Conclusion :
Cette étude souligne l’importance des traits de personnalité interculturelle pour la réussite de l’adaptation des expatriés. Elle montre que la stabilité émotionnelle, l’initiative sociale et l’ouverture d’esprit sont des ressources précieuses, non seulement pour les individus, mais aussi pour les couples. La découverte inédite de l’effet de compensation des ressources indique que les partenaires peuvent compenser les faiblesses de l’autre, améliorant ainsi l’adaptation globale. Cependant, un « effet de surcharge » d’ouverture d’esprit a également été observé. L’étude invite à adopter une perspective familiale plus complète pour mieux comprendre les difficultés de l’expatriation, soulignant la nécessité de prendre en compte la personnalité des deux partenaires lors de la sélection, de la formation et du soutien. Cette approche peut aider les organisations à mieux prévoir et comprendre la réussite des expatriés et à doter les couples des outils nécessaires pour s’épanouir dans leur nouvel environnement. Les auteurs concluent en appelant à poursuivre les recherches pour explorer les nuances de la compensation des ressources et son applicabilité à divers contextes.
Référence complète de l’étude :
Van Erp, Kim J. P. M., Karen I. van der Zee, Ellen Giebels, et Marijtje A. J. van Duijn. (2014). « Lean on Me: The Importance of One’s Own and Partner’s Intercultural Personality for Expatriate’s and Expatriate Spouse’s Successful Adjustment Abroad. » European Journal of Work and Organizational Psychology 23, no. 5 : 706–728.
https://doi.org/10.1080/1359432X.2013.816088












































